| Date : | Du 5 au 9 novembre 2010 |
| Lieu : | La Rotonde, Moissy-Cramayel |
| Type : | Théâtre |
Molière - Marc Sussi
Monter Dom Juan aujourd’hui est, presque, une nécessité tant la pièce de Molière semble entrer en écho avec un certain nombre de problèmes qui concernent notre époque. À commencer par celui de la liberté de penser. La figure de ce « grand seigneur, méchant homme » comme dit son valet Sganarelle, étonne et détone encore de nos jours, lui qui fait l’apologie du désir et de la séduction exprimés dans une langue toujours aussi belle. C’est cela qui a séduit Marc Sussi, le directeur du Jeune théâtre national, qui a dû voir bien des versions différentes de la pièce, mais qui entend bien donner sa propre version de ce chef-d’oeuvre. Il abordera le texte de manière décomplexée, mais respectueuse, en ramenant la distribution à cinq comédiens qui porteront les dix-sept rôles initialement prévus dans la pièce. Une distribution qui pourrait bien être le miroir exact de notre société d’aujourd’hui, dans ce qu’elle offre dans sa diversité…
Marc Sussi : Je crois me souvenir que Roger Planchon disait qu’il fallait mettre en scène les classiques comme s’ils avaient été écrits pour nous. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Moderniser Dom Juan, ce n’est pas simplement habiller les acteurs en costumes-cravates ou en jeans, c’est aussi accepter que Molière ait pu écrire pour une troupe d’acteurs métissés, à l’image de la France d’aujourd’hui. […] Mais je ne devrais pas dire la France métissée d’aujourd’hui, car cela peut laisser entendre qu’il ait pu y avoir dans un passé, proche ou lointain, une France non métissée. La France a toujours été métissée. Il y a toujours eu des langages, des patois, des accents… Les plateaux de théâtre du xviie étaient peut-être, même, plus métissés que les nôtres. […]
Dans un même temps, l’envie de monter cette pièce, aujourd’hui, est venue d’une nécessité : celle de raconter l’histoire d’un homme qui rêve de vivre sa vie sans avoir de comptes à rendre à la mort. Dom Juan refuse la grammaire. Il refuse de découper le temps en passé, présent, futur. Il pose le temps du « désir », le temps de l’éternel présent, comme principe absolu de son mode de vie. […] Cette apologie du désir, qui n’est pas sans faire écho à l’apologie contemporaine de la consommation – Molière avait de l’avance ! – peut, cependant, facilement se renverser. C’est toute la beauté de la pièce. Dom Juan, en l’absence d’alternative politique, tourne en rond et se condamne à fantasmer sa propre mort avec un commandeur qui n’est, au fond, que son propre miroir…
vendredi 5 et samedi 6 à 20h30 - dimanche 7 à 17h et mardi 9 à 20h30
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