La famille Baillergeau

Ginny Felix se remémore un entretien qu’elle avait eu il y a quelques années lors de la préparation de son premier livre sur Brunoy.

La famille BAILLERGEAU (dont le nom est indissociable de la STRAV) est honorablement connue à Brunoy.

Le mardi 18 octobre 1995, Monsieur René BAILLERGEAU , P.D.G. de cette Société a eu la gentillesse de me recevoir dans son bureau, afin de me parler de la création de cette entreprise, ainsi que de tout ce qui était inhérent à celle-ci, faisant partie intégrante de Brunoy.

Une secrétaire m’a guidée, et longeant de longs couloirs, je suis déjà en admiration devant tous les tableaux accrochés aux murs des bus ayant fonctionné à des époques différentes. Je suis déjà imprégnée de cette ambiance, rétro et contemporaine.

J’ai étalé devant moi mon cahier d’écolier, qui ne me quitte que rarement, le crayon « BIC » prêt à transcrire, et les oreilles grandes ouvertes !

Il m’arriva encore une péripétie avec ce monsieur, très amusante …

J’ai sagement (vraiment ?) écouté Monsieur BAILLERGEAU, qui en homme très occupé, ayant même des rendez-vous, ne devait m’accorder qu’une demi-heure, mais je suis restée dans son bureau, deux heures, captivée par ses paroles.

Je voulais être décorateur me dit ce monsieur et je suis allé à l’Ecole BOULLE (tellement prestigieuse), lycée fondé en 1886. Mais les événements ont fait que je dus prendre la succession de mon père. Puis René BAILLERGEAU me tendit un petit livre genre « bandes dessinées en couleurs » en me disant que je pourrais y puiser tout ce qui conviendra à ma curiosité et que les usagers de la STRAV connaissent bien. J’ai retrouvé aujourd’hui 28 mai 2006, justement, en cherchant un document, ce petit opuscule très intéressant. Il m’autorisa à mettre ce que je voudrais dans mon livre, concernant ces images, et de ce qu’il m’apprit par la suite.

Auguste son père, était doté d’une incroyable volonté et d’un goût certain pour l’aventure !

PARIS 1925

Auguste est conducteur d’autobus à la T.C.R.P. En compulsant des petites annonces parues dans les journaux parisiens, Auguste fit ses bagages et vint s’installer au 32 Petite AVENUE DE LA PYRAMIDE.

1925 ( toujours)

La ligne du P.L.M passe par Brunoy. Les voyageurs qui descendent du train en gare de Brunoy ont beaucoup de chemin, pour certains, à effectuer à PIEDS, POUR GAGNER LES QUARTIERS DES « BOSSERONS » ET DE LA PYRAMIDE.

Monsieur BAILLRGEAU eut une idée lumineuse : relier le quartier des Bosserons (Pyramide) jusqu’à la gare de BRUNOY. Auguste trouve les fonds nécessaires à la réalisation de son projet. Il achète un camion FORD d’occasion à Corbeil et demande à un menuisier charpentier de Brunoy de lui construire une carrosserie en bois, et ainsi naquit, le jour de la Pentecôte en 1926, la première ligne de bus à Brunoy.

Auguste, qui conduit ce bus, descend même aux arrêts afin d’afficher lui même les heures de prochains départs. Les rues de Brunoy sont encore en « terre battue » et les cahots n’arrangent pas le véhicule (pas plus que les voyageurs) ! Auguste, n’ayant qu’un seul véhicule et pas d’atelier pour son entretien, est obligé de conduire celui-ci à CORBEIL aux fins de révisions ou de réparations.

Pour ce faire, une fois la dernière tournée effectuée, il met son vélo dans le bus, se rend à CORBEIL, puis revient allègrement à bicyclette.

Le lendemain, il fera le trajet en sens inverse !

Certains jours, (les jours de marché) ces cars emmenaient les brunoyens ou habitants proches à la gare de Brunoy, afin qu’ils puissent prendre le train qui les emmènerait via la gare, au marché de VILLENEUVE ST GEORGES, très important alors.

Si le bus avait du retard, LE TRAIN L’ATTENDAIT !

Le chef de gare était un ami d’Auguste. Alice, la maman de René « faisait » la recette dans le bus, bien qu’ayant trois enfants. Il y en eut deux autres par la suite, dont René.

René BAILLERGEAU me montra la photo du premier bus en fonction en 1926, accrochée au mur de son bureau et on y voit le « portrait de la famille ». Il eut la gentillesse de m’en remettre une datant de 1927.

Un peu septiques au début, les voyageurs prennent confiance, et se rendent compte de l’atout que représentent pour eux ces transports … L’entreprise se développe rapidement. Auguste peut acheter d’autres bus : BERLIET, FORD, CITROEN.

Il crée une ligne sur Villeneuve-St-Georges pour le « grand marché », ayant lieu les mercredi et samedi. A partir de 1930, Auguste se lance dans le tourisme en proposant des excursions en France, mais aussi en Belgique. Si la date du départ est à peu près certaine … la date de retour est plus que problématique !

Les dépliants publicitaires concernant son entreprise sont rédigés avec beaucoup d’humour :

Départ le … Retour à … si tout va bien !

En 1939, l’entreprise compte six véhicules dont un car « grand luxe » de marque CHEVROLET, décapotable sur toute la longueur, et comportant des sièges inclinables.

A cette époque, tous les bus de l’entreprise sont noirs.

Auguste décide de les faire repeindre avec des couleurs plus gaies et plus commerciales.

SEPTEMBRE 1939

Mobilisation générale. C’est la guerre. Tous les cars BAILLERGEAU sont réquisitionnés par l’armée, sauf le CHEVROLET. Auguste, toujours aussi courageux, opiniâtre, achète donc chez un ferrailleur trois véhicules qu’il retape tant bien que mal. Mais c’est l’exode.
Il faut partir …
Tout abandonner … Car les Allemands vont envahir la France.
Le temps passe.
Retour d’exode. Auguste retrouve sa maison et ses ateliers pillés. Seuls quatre véhicules lui restent, dont deux en mauvais état. Il décide alors de reprendre l’exploitation de sa ligne Pyramide-Gare de Brunoy. Mais chaque jour se présentent des réfugiés qui viennent du nord de la France et même de Belgique, qui lui demandent de les conduire sur Paris, ce qu’il fera souvent GRATUITEMENT. Les services de la S.N.C.F étant désorganisés, Auguste continue d’assurer une liaison vers Paris , d’où création :

Brunoy-Montgeron-Villeneuve-St-Georges-Paris Nation.

Les bus étaient souvent en panne car le matériel était déjà ancien. L’essence vient à manquer. Auguste se souvient avoir lu dans des revues , avant la guerre, qu’il serait possible de rouler avec du gaz de bois ou du charbon de bois.

Il rencontre alors un mécanicien ingénieux, Monsieur le BARON installé rue des Grès à BRUNOY qui lui fabrique un gazogène (NDLR les établissements Le Baron existent toujours sur les bords de la RN6). La mise en route n’est pas facile, mais miracle, cela marche !

Il a acheté une concession dans la forêt de Sénart afin de pouvoir aller y chercher ce précieux combustible, nécessaire au bon fonctionnement de ses véhicules.

Toute la famille, ENFANTS Y COMPRIS, coupe le bois en petits morceaux, et ils ne connaissent ni fêtes, ni dimanche. Cette famille courageuse se relaie, nuit et jour, afin d’assurer la « cuisson du bois » qui se fait dans une « grande cloche ».

Que de souvenirs pour des brunoyens anciens.

Certains se souviennent-ils encore qu’ils descendaient parfois du bus pour pousser celui-ci, dans la côte Talma ?

Une histoire véridique, amusante :

Un jour un bus tomba en panne et, dit René, mon père dût faire appel à un transporteur qui habitait le quartier de la Pyramide. Il s’agissait de Monsieur DUPUIS. Lorsque celui-ci arriva pour remorquer le véhicule, il fut obligé de faire descendre les voyageurs. Ils les fit monter dans la benne qui avait contenu du charbon,. Les voyageurs, contents cependant de se sortir de là, se tinrent « les côtes » en en descendant, en se regardant mutuellement, car ils étaient tout noirs ! Ils avaient eu raison de prendre la chose du bon côté !

1945 : la guerre est finie

Auguste s’endette pour acheter les premiers cars sortis de l’usine CHAUSSON. Jacques et René, ses fils, entrent dans l’entreprise familiale.

En 1956, Auguste, souffrant, leur en laisse la direction.

Mais un mauvais sort vient s’abattre sur cette famille honorable. Jacques est abattu par un cambrioleur.

René reste seul et en dépit de son chagrin, doit assumer la lourde charge de cette entreprise familiale. Il s’adjoint l’aide d’un bon collaborateur et ami, et l’entreprise possède à ce moment dix huit bus. Création de nouvelles lignes en direction de Yerres et Combs-La-Ville

Puis en 1969, création de la STRAV. Certains bus se modernisent et s’équipent pour les voyages au « long cours » de vidéo, mini bars, toilettes, climatisation.

1983

Les bâtiments des anciens établissements « GERVAISE » attraction réputée en son temps, à juste titre, sont rachetés par la STRAV et tout se regroupe.

La STRAV ? Société de Transports Automobiles et de Voyages. Une coupe remise par le Comité d’Entreprise est attribuée aux Médaillés du Travail et sert aussi de récompense aux conducteurs ayant roulé pendant dix ans accident (et ils sont nombreux).

4 h 30, Brunoy s’éveille pour les premiers conducteurs qui se dirigent tout d’abord vers la « Cafétéria » et prennent ensuite connaissance des derniers flashs d’information, concernant l’état des routes. Le conducteur fait ensuite chauffer son car, puis fait l’inspection du véhicule.
Puis, tout comme un commandant de bord, procède à la ligne de contrôle de son véhicule.
Tout est O.K ?
Le bus peut partir.

Auguste, du haut du ciel, vous pouvez être fier, car la relève a été assurée, dignement.

strav_bus

Mai 2006

Je vois avec d’autres yeux, dix ans après, ce que j’avais retranscris sur l’historique de la famille BAILLERGEAU, et je revois encore, René BAILLERGEAU me recevant si gentiment, sans aucune ombre de snobisme ou de prétention, avec tellement de courtoisie, lui cet homme si important, principal dirigeant de cette exploitation n’ayant comporté qu’un SEUL BUS AU DEPART, et à une réussite bien méritée, grâce à beaucoup de courage, d’opiniâtreté et d’une excellente gestion.

Petit détail.

Lorsque Maître Robert FAY avait supervisé TOME I, il m’avait narré avoir assisté à la réception qui eut lieu à l’occasion du mariage de René BAILLERGEAU, dans un joli quartier de PARIS.

J’ai bien noté tout ce qui précède émanant de René et retranscri … mais j’ai parlé aussi, cela, vous vous en doutez !

Monsieur BAILLERGEAU, par politesse ou par amusement, m’a écoutée, et je l’ai entendu rire souvent !

Lui ayant montré quelques photos de mon jardin cher à mon cœur, tropical et Ile de France, que j’ai créé et entretien seule (un peu moins maintenant) on y voit ma gloriette, dans laquelle se tiennent à l’aise, neuf personnes. J’y ai mis un petit bar, les kiwis qui l’entourent nous procurent une ombre propice. J’y ai installé aussi un barbecue électrique, mon viking n’étant plus là pour s’occuper de celui en briques. Des ampoules multicolores apportent aussi un peu de féerie, disposées en haut du pourtour de celle-ci. Monsieur Laurent BETEILLE, venu me chercher un soir pour nous rendre chez ROMI, me dit en voyant ce qui existait à ce moment : quartiers de fruits et de légumes, brillamment illuminés, que c’était très original, et agréable !

Soudain, Monsieur BAILLERGEAU me dit : j’ai la même que la vôtre !

Je saurai désormais que nous sommes deux à posséder la même gloriette.

Fin de cet épisode, succinct, sur la famille BAILLERGEAU.

Je réitère que ceci a été écrit voici dix ans, que bien des choses ont changé, et que René BAILLERGEAU a pris depuis une retraite bien méritée.

NDLR

Bien que gardant sa raison sociale, la STRAV n’est plus qu’une entité du groupe CONNEX devenu récemment VEOLIA Transports (ex VIVENDI, ex Cie GENERALE DES EAUX).

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