Accord Mercosur : les agriculteurs manifestent sur les autoroutes contre l’accord commercial avec l’UE

Berlin/Paris/Rome – Les agriculteurs manifestent aux carrefours autoroutiers de plusieurs Länder contre le projet d’accord de libre-échange entre l’UE et quatre États sud-américains du Mercosur. Ils craignent une concurrence disproportionnée des importations bon marché en provenance d’Amérique du Sud.

Il y a également de nouvelles protestations contre le projet d’accord commercial avec l’UE en France. Malgré le déploiement de nombreuses forces de police pour bloquer le passage des agriculteurs protestataires vers le centre de Paris, une vingtaine d’agriculteurs avec leurs tracteurs ont réussi à se rendre à la Tour Eiffel, à l’Arc de Triomphe et à l’Assemblée nationale.

D’autres agriculteurs ont manifesté avec leurs poids lourds devant les portes de la ville et ont temporairement bloqué une autoroute menant au centre. Les agriculteurs protestent également contre l’abattage de cheptels entiers à la suite d’épidémies de dermatose nodulaire contagieuse chez les bovins.

L’accord devrait être signé en décembre

L’accord controversé devait être signé en décembre, mais a été reporté. La Première ministre italienne Giorgia Meloni avait précédemment annoncé qu’elle n’était pas encore prête à se mettre d’accord. Il était donc clair que la majorité requise pour la signature ne serait pas atteinte. Les agriculteurs avaient protesté dans plusieurs pays. Un vote de l’UE sur la signature de l’accord est prévu vendredi.


Des exceptions pour les engrais en perspective

La France est depuis longtemps opposée à l’accord commercial. La Commission européenne a récemment proposé des concessions. Selon les autorités bruxelloises, les agriculteurs devraient pouvoir accéder plus rapidement que prévu à davantage d’argent.



Mercredi soir, la Commission a également annoncé, entre autres, une suspension temporaire des droits de douane sur certains engrais comme l’ammoniac ou l’urée. De cette manière, les coûts supportés par les importateurs depuis le début de l’année grâce au mécanisme d’ajustement du CO2 aux frontières CBAM pourraient être compensés. Le mécanisme vise à empêcher que des produits bon marché mais nocifs pour le climat ne supplantent une concurrence respectueuse du climat sur le marché européen. Le président français Emmanuel Macron a salué cette annonce.

Le président de l’Association des agriculteurs allemands, Joachim Rukwied, a critiqué la proposition actuelle de la Commission européenne visant à accommoder les entreprises agricoles : « Les déficits du chapitre agricole de l’accord du Mercosur ne peuvent pas être couverts par des clauses de protection ou par le budget de l’UE. La proposition de la Commission européenne n’apporte pas d’argent supplémentaire, mais simplement une anticipation volontaire des fonds européens dont l’UE a un besoin urgent pour la politique agricole commune.

Des pays comme l’Allemagne et l’Espagne soutiennent l’accord du Mercosur. Si l’Italie est également d’accord, l’accord pourrait être adopté sans la France.

Le ministre italien de l’Agriculture, Lollobrigida, confiant

Le ministre italien de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, s’est montré confiant quant aux négociations sur l’accord du Mercosur. « Il manque encore le dernier kilomètre », a-t-il déclaré au journal économique italien « Il Sole 24 Ore ». Toutefois, des clarifications restent nécessaires concernant les clauses de protection des produits agricoles. « Il manque toujours un accord sur les clauses de protection. »

En cas d’augmentation dommageable des importations en provenance des pays du Mercosur ou de baisse excessive des prix pour les producteurs de l’UE, ces clauses protectrices visent à permettre la mise en place rapide de contre-mesures. Jusqu’à présent, un seuil de huit pour cent a été fixé à partir duquel une enquête est ouverte. « Nous souhaitons que ce seuil soit abaissé de huit pour cent à cinq pour cent », a déclaré Lollobrigida. « Et nous pensons que les conditions sont également réunies pour parvenir à ce résultat. »

Les négociations en vue d’un accord avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay avaient déjà commencé en 1999. La Bolivie est également membre du Mercosur depuis un certain temps, mais ne fera pas partie de l’accord pour le moment.