Paris – Sauvage, décomplexée et pieds nus : jamais on n’avait vu une actrice danser comme Brigitte Bardot dans « Et la femme leurre toujours ». Le film ne dure que 95 minutes. Mais ils ont suffi à faire du jour au lendemain de la jeune femme aux lèvres boudeuses une star planétaire. La légende du cinéma est décédée à l’âge de 91 ans, comme l’a annoncé la Fondation Brigitte Bardot.
Montez à l’icône
Bardot, ou BB comme on l’appelait aussi, était l’une des plus grandes stars que la France ait jamais produites. Sa carrière fut relativement courte : en seulement 21 ans, elle tourna plus de 45 films, dont « Le Mépris » de Jean-Luc Godard, « La Vie privée » de Louis Malle et « La Vérité » d’Henri-Georges Clouzot. Elle y présentait son charisme sensuel avec un naturel et une franchise jusqu’alors inconnus.
Elle laisse à la postérité certains des films les plus sensuels de l’histoire du cinéma, témoignage d’une actrice qui a façonné une nouvelle image de la femme avec confiance en elle, érotisme et liberté nonchalante. Dans les années qui ont suivi, elle est devenue une militante intransigeante des droits des animaux et a fait sensation à plusieurs reprises avec ses déclarations politiques. Ses sympathies pour l’extrême droite et ses propos parfois racistes lui valent plusieurs condamnations.
Symbole d’une nouvelle féminité
« Une femme comme Satan » et « Avec les armes d’une femme » sont d’autres films dans lesquels la jeune fille à queue de cheval est devenue une star internationale. Les hommes s’allongeaient à ses pieds et les femmes imitaient sa crinière blonde taquinée. Bardot a déclenché des foules et de l’hystérie partout où elle est apparue.
La liberté sexuelle de Bardot a commencé là où s’arrêtait celle de ses collègues actrices de l’époque : avec le décolleté. Avec sa devise « Liberté, Égalité, Sensualité », elle choque et fascine à la fois.
Elle a nonchalamment révélé son corps aux photographes. Et elle ne cachait pas ses aventures. Elle était en couple avec le chanteur, acteur et compositeur Serge Gainsbourg, avait une relation avec son collègue acteur Jean-Louis Trintignant et s’est mariée quatre fois – notamment avec le playboy Gunter Sachs et le réalisateur Roger Vadim, qui l’a aidée à percer sur la scène internationale en 1956 avec « Et attire toujours la femme ».
Vadim a épousé Bardot alors qu’elle n’avait que 18 ans et l’a façonnée à son image. Il l’a entraînée à créer sa célèbre moue et a fait teindre sa crinière auburn en blonde. Elle a également tourné avec lui l’un de ses derniers films, « Don Juan 73 ».
Entre chanson et statut culte
En plus du travail cinématographique, Bardot découvre également le monde de la chanson. Elle s’est fait connaître principalement grâce aux chansons provocatrices de Gainsbourg. Parmi les chansons les plus connues qu’il a écrites pour elle figurent « Harley Davidson » et la chanson « Je t’aime… moi non plus », dont Bardot a initialement empêché la publication pour des raisons privées. L’enregistrement avec Bardot n’est sorti officiellement qu’au milieu des années 80.
Elle avait déjà posé devant la caméra à l’âge de 15 ans. En tant que mannequin photo, elle a fait la couverture de magazines de mode renommés et est devenue l’un des mannequins les plus recherchés. Puis le réalisateur Jean Boyer la découvre et la laisse se glisser dans « Le Trou Normand » dans le rôle d’une jeune femme censée faire tourner la tête d’un jeune homme et héritier d’une fortune considérable. C’était en 1952. Quatre ans plus tard, Bardot se faisait filmer dans le costume d’Eve pour Vadim dans « Et la femme leurre toujours ».
Retrait radical
À l’âge d’environ 40 ans, Bardot se retire brusquement du monde du cinéma. La célébrité était devenue pour elle un cauchemar : « Pour moi, c’était l’enfer. Je n’avais pas de vie. J’étais prisonnière de moi-même. Prisonnière de mon visage », dira-t-elle plus tard. Elle était une proie équitable pour les journalistes et les paparazzi.
Autre raison de son retrait : Bardot ne voulait pas vieillir à l’écran. « Je m’appelle Brigitte Bardot, et cette Brigitte Bardot là-haut à l’écran n’aura jamais 60 ans. » Elle n’a jamais regretté sa décision – de toute façon, elle n’a jamais voulu devenir actrice. Dans ses mémoires, elle écrit qu’elle a toujours rêvé de devenir ballerine et de soigner les animaux malades dans une ferme.
Du grand écran au sauvetage des animaux
Elle est ainsi passée du rôle de star du cinéma à celui de militante des droits des animaux et de misanthrope. « Je déteste les gens. Je trouve mon équilibre dans la nature, en compagnie des animaux », explique-t-elle. Dans son livre « Larmes de combat », paru en 2018, elle écrit que la décision de tout laisser aux animaux a été la meilleure de sa vie.
Retraitée dans sa villa « La Madrague » à Saint-Tropez, elle se consacre à la sauvegarde des animaux. En 1986, elle fonde une fondation pour lutter contre la cruauté envers les animaux. Pour ce faire, elle a vendu une partie de sa propriété privée. Un trimaran appartenant à l’organisation environnementale Sea Shepherd, dont Bardot était un partisan actif, porte également son nom.
L’éternel provocateur
Même après s’être retiré des écrans, Bardot est resté bruyant – et provocateur. En 1992, elle épouse une confidente de Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti d’extrême droite Front National (aujourd’hui Rassemblement National), et se radicalise tant politiquement que linguistiquement. Avec ses militantes pour la protection des animaux et ses tirades contre les homosexuels, les gauchistes, les sans-abri et les migrants, elle s’est retrouvée à plusieurs reprises dans le viseur de la justice.
Son non-conformisme est resté un trait déterminant jusqu’à la fin : elle a publiquement défendu les acteurs Gérard Depardieu et Nicolas Bedos, accusés d’agression sexuelle – avec la remarque provocatrice que les hommes talentueux seraient « bannis au plus profond des cachots » simplement parce qu’ils « attrapent les fesses d’une fille ». Ils devraient « au moins être autorisés à vivre – ils ne peuvent plus vivre ».
Elle a maintenu sa position jusqu’à un âge avancé : « Je dirai ce que je pense toute ma vie, que cela me plaise ou non. » Elle n’a jamais laissé de doute à ce sujet.