Musées : Le Louvre en mode crise : cinq choses qui doivent changer

Paris – Le Louvre faisait autrefois sensation dans le monde entier avec d’importantes expositions d’œuvres. Mais depuis quelques mois, les gros titres négatifs se succèdent : effraction en plein jour au cours de laquelle des bijoux d’une valeur de 88 millions d’euros ont été volés, soupçons de fraude à grande échelle sur les billets et inondations provoquées par des canalisations défectueuses.

Une chaîne d’événements qui va bien au-delà des scandales et des incidents isolés et qui remet en question l’avenir du musée, l’une des institutions les plus prestigieuses au monde. Quelles mesures sont nécessaires de toute urgence maintenant ?

De meilleures conditions de travail

La contestation s’est intensifiée depuis la mi-décembre 2025 : il y a eu des arrêts de travail partiels et quatre jours de fermeture totale. Selon « Le Monde », des pertes de 2,5 millions d’euros ont été enregistrées. Les revendications des salariés : plus de personnel, de meilleures conditions de travail, la fin du travail en sous-traitance précaire et de l’externalisation ainsi que des investissements dans les bâtiments et les équipements techniques. Les syndicats menacent de nouveaux arrêts de travail.

Cette escalade n’est pas une surprise. Le personnel est soumis depuis des années à une pression croissante : dès 2019, le personnel d’accueil et de sécurité paralysait les opérations en raison de la surcharge. En 2023, le Louvre a limité le nombre de visiteurs à 30 000 par jour, mais les mesures n’ont pas suffi : de nouvelles grèves ont eu lieu le 16 juin 2025 et les syndicats ont critiqué le démantèlement d’environ 200 postes de sécurité et de surveillance en dix ans.


Examen de la gestion du musée

Par ailleurs, la question de la confiance dans la direction du musée se pose : après le vol spectaculaire des bijoux en octobre, la directrice Laurence des Cars a proposé de démissionner – la ministre de la Culture Rachida Dati a refusé. Aujourd’hui, après les grèves et les crises à répétition, le vent semble tourner : la ministre a annoncé qu’elle allait réexaminer l’organisation et la gouvernance du Louvre.



Didier Rykner, historien de l’art et fondateur du magazine en ligne « La Tribune de l’Art », est l’un des critiques les plus sévères de la visite du Louvre. Il est convaincu que de nombreux problèmes actuels auraient pu être évités avec une gestion différente. Dans une interview à « France Info », il a expliqué que le projet « Louvre – Nouvelle Renaissance » n’a pas été poussé à tout prix et est « en partie une des causes de ce qui se passe ».

Le projet prévoit un nouveau hall d’entrée, un espace d’exposition supplémentaire et une salle séparée pour la « Mona Lisa », le tableau de renommée mondiale. Sous la direction de Jean-Luc des Cars, le musée poursuit ce prestigieux projet qui coûtera plusieurs centaines de millions d’euros. Leur objectif : égaliser le flux de visiteurs et améliorer la sécurité des clients et du personnel.

De nouvelles priorités

Alors que les grèves, les inondations et les problèmes de sécurité mettent la pression sur le Louvre, le prestigieux projet est de plus en plus critiqué. Début février, le préfet de Paris a reporté la décision sur l’architecte, signalant aux observateurs que le projet est en terrain fragile.

En octobre 2025, la Cour des comptes a critiqué les coûts : en quelques mois, ils s’élèvent à 666 millions d’euros sans que suffisamment d’argent soit disponible pour les financer. Même si Des Cars souligne que le projet est la seule solution aux problèmes du musée, les critiques préviennent que le prestige prime sur la sécurité et l’entretien.

Externalisation de grandes expositions temporaires

Les experts en musées proposent des solutions plus simples et rapidement efficaces : plusieurs petites entrées de musée au lieu d’un goulot d’étranglement central – ou la sous-traitance des grandes expositions temporaires, par exemple en les déplaçant au Grand Palais près des Champs-Élysées, récemment rénové pour environ 500 millions d’euros – comme le font déjà avec succès d’autres musées.

Des étapes plus petites – et à une fraction du coût. De cette façon, le flux de visiteurs pourrait être égalisé. Depuis 1970, le nombre de visiteurs est passé de 1,2 à aujourd’hui une moyenne d’environ 9 millions par an – des chiffres records qui se traduisent par des salles surpeuplées et des flux stagnants.

Capable d’agir en cas d’urgence

Des fuites de canalisations, des sols vétustes et des défauts techniques montrent que la structure du bâtiment du Louvre a un besoin urgent d’investissements, que les experts estiment depuis des années à plusieurs centaines de millions d’euros.

La direction du musée souligne le défi de prévenir tout dommage sur plus de 70 000 mètres carrés. « Nous mettons en œuvre des plans directeurs techniques complets pour la sécurité, le chauffage, la climatisation et l’électricité », a déclaré le directeur général du Louvre, Kim Pham, sur « France Inter ».

« Les améliorations structurelles prennent du temps. C’est à nous de planifier à l’avance et d’être capables d’agir à court terme », a-t-il ajouté. Et il l’admet : d’autres incidents sont à prévoir et l’aile Sully, dans la partie est du musée, présente des signes évidents d’âge et d’usure.