Paris – Marine Le Pen, leader nationaliste de droite française, se bat pour son avenir politique dans une nouvelle affaire judiciaire. Une cour d’appel rouvre le dossier concernant le détournement présumé de fonds européens par Le Pen et d’autres membres de son parti. En première instance, un tribunal avait révoqué le droit d’éligibilité pour cinq ans avec effet immédiat. Si cette sanction est confirmée, cela signifierait la fin de la quatrième candidature présidentielle prévue par Le Pen l’année prochaine. Les nationalistes de droite ont longtemps été considérés comme ayant de bonnes chances aux élections de 2027.
Le nouveau procès s’est ouvert au Palais de Justice de Paris dans un grand battage médiatique. Le Pen, 57 ans, s’est montré ostensiblement réservé en public avant le début du procès. Lorsqu’on lui a demandé quelle stratégie elle souhaitait utiliser dans la bataille si importante pour elle avec la justice, elle a simplement répondu la veille que sa stratégie de défense, si on voulait l’appeler ainsi, consistait simplement à dire la vérité. « Je vais essayer de convaincre les juges de mon innocence. » Une première audition du populiste de droite est prévue le 20 janvier.
« La victime, c’est le Parlement européen »
La procédure tourne autour du possible emploi fictif d’assistants de plusieurs députés européens français entre 2004 et 2016. L’accusation centrale est que le parti Front National de Le Pen, désormais rebaptisé Rassemblement National, a reçu de l’argent pour des assistants parlementaires qui travaillaient au moins partiellement pour le parti. « Ne nous trompons pas. La victime, c’est le Parlement européen », a prévenu Patrick Maisonneuve, qui représente le Parlement devant les tribunaux.
Le Pen a toujours rejeté ces allégations. Néanmoins, elle a été reconnue coupable en première instance et condamnée à deux ans de prison avec bracelet électronique à la cheville et à deux ans supplémentaires de probation. Outre Le Pen, onze prévenus ont fait appel. La personne condamnée à payer une amende d’au moins un million d’euros a également contesté la décision de justice.
Jugement critiqué et calendrier serré
Le verdict a frappé la France comme la foudre. Ce qui a fait sensation, c’est que Le Pen a été interdite de se présenter aux élections avec effet immédiat, c’est-à-dire après le verdict de fin mars 2025 et non après un procès potentiellement long.
Le Pen, qui n’a longtemps pas caché son ambition de se présenter à nouveau à la présidentielle en 2027, s’en est prise en retour au pouvoir judiciaire, a parlé d’un verdict politique, d’un jour de mauvais augure pour la France et la démocratie et a même comparé sa condamnation à une bombe atomique.
Peu après la décision, la cour d’appel a clairement indiqué qu’elle rendrait son jugement sur cette affaire d’ici l’été. La campagne électorale pour l’élection présidentielle prévue au printemps 2027 débutera alors au plus tard. Un procès impliquant également la candidature de Le Pen serait probablement impensable pour le tribunal à l’heure actuelle.
Bardella est déjà dans les starters en remplacement
Pour Le Pen et ses nationalistes de droite, cela signifie également que tout dépend du jugement de deuxième instance. Une révision est encore possible par la suite, mais il est peu probable qu’une décision soit prise à temps pour démarrer la campagne électorale. Si le droit de Le Pen de se porter candidat est retiré pendant une période plus longue au cours de la procédure d’appel, le Rassemblement National entrera dans la course avec son protégé politique et chef du parti Jordan Bardella.
Alors que Le Pen a été pendant des années le visage éminent du parti nationaliste de droite, qu’elle a participé à deux reprises au second tour de l’élection présidentielle et qu’elle a permis à son parti d’être élu au milieu de la société grâce à son parcours, sa carrière politique pourrait bientôt prendre temporairement fin. Bardella, qui n’a que 30 ans, a désormais dépassé Le Pen dans les sondages, même parmi ses propres partisans. La tentative de Le Pen de capitaliser sur sa condamnation a échoué. Néanmoins, les Français sont plus nombreux à souhaiter que Le Pen ou Bardella se présentent comme candidats que n’importe quel candidat potentiel des autres camps politiques.
On ne sait toujours pas exactement quand le verdict sera rendu lors du procès, qui doit se terminer le 12 février. Mais une chose est déjà sûre : cela dépend de lui si Marine Le Pen fera prochainement sa quatrième tentative à l’Élysée.