António José Seguro avertit que la démocratie peut se perdre et appelle à une vigilance face aux courants extrémistes

Le Président de la République a averti ce mercredi que la « démocratie peut se perdre », appelant à « la vigilance et à la détermination » face aux « courants extrémistes » et à ce que personne ne demeure indifférent face à la discrimination des personnes en raison de leur identité ou de leur orientation sexuelle.

Dans un discours au Conseil de l’Europe à Strasbourg, António José Seguro a averti qu’on assiste aujourd’hui à des « tentatives de recul des droits » qui semblaient consolidés, à un « mépris du droit international » et à une « incertitude géopolitique croissante ».

« L’histoire nous enseigne que la démocratie peut se perdre, que des droits qui semblaient définitifs peuvent être retirés, que ce que nous pensions impossible peut devenir réalité. C’est pourquoi je laisse un message très clair, en particulier aux nouvelles générations : la démocratie n’est pas garantie », a-t-il averti.

Le Président de la République a souligné que le Portugal « connaît bien le prix de la dictature, de l’isolement et du silence » et sait « ce que signifie vivre sans liberté et sans droits politiques ».

« C’est pourquoi nous ne pouvons rester indifférents face aux tentatives de restreindre les libertés, de promouvoir des reculs dans les droits ou de discriminer des citoyens », a affirmé Seguro.

Sans préciser à qui il faisait référence, le Président de la République a défendu en particulier que « la résurgence de courants extrémistes qui promeuvent la haine exige vigilance et détermination ».

« Nous ne pouvons pas tolérer la discrimination, la violence ou l’intimidation des personnes en raison de leur identité ou de leur orientation sexuelle », a-t-il soutenu, soulignant que « l’universalité des droits humains se prouve surtout lorsque les droits de quelqu’un sont remis en cause ».

« C’est précisément dans ces moments-là que nous devons agir avec détermination », a insisté.

Le Président de la République a reconnu en particulier qu’il est préoccupé « par la résurgence de discours et d’initiatives qui cherchent à limiter les droits acquis par les femmes au fil des décennies ».

« Il n’y a pas de démocratie réelle lorsque les femmes ne peuvent pas exercer leurs droits sur un pied d’égalité. Il n’y a pas de progrès lorsque l’on tolère la violence domestique, la violence contre les femmes ou l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes. Les droits des femmes ne sont pas négociables », a-t-il défendu.

D’un autre côté, bien qu’il reconnaisse que les migrations posent des « défis réels » aux sociétés, Seguro a estimé qu’elles « ne peuvent pas servir de justification à l’indifférence envers la souffrance humaine », appelant à des « politiques migratoires responsables » qui conjuguent le respect de la dignité humaine, l’intégration et un « contrôle crédible des frontières ».

« Le contrôle des frontières n’est pas incompatible avec le respect de la dignité humaine », a-t-il observé.

En plus de cet appel à ne pas rester indifférent face aux discriminations, Seguro a défendu aussi que « prendre soin de la démocratie » passe par « le renforcement de la cohésion sociale » et par la garantie que « personne n’est abandonné ».

« La démocratie doit être capable de toucher à la vie concrète des personnes, de toutes les personnes », a-t-il affirmé, profitant pour réclamer une réponse commune de l’UE à la hausse du coût de la vie provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz.

« Il y a des personnes et des entreprises qui traversent des périodes difficiles. Le problème est commun à plusieurs pays. L’Europe doit œuvrer à une réponse commune et coordonnée, avec des réponses nationales », a-t-il encore insisté.

Après ce discours, lors d’une période de questions et réponses, le député français Bertrand Bouyx a demandé à Seguro quelles leçons la France doit tirer de sa candidature à la présidentielle, en ce moment de montée des mouvements populistes et extrémistes.

Le Président de la République a répondu que « la modération n’est pas une faiblesse » et que, « en des temps de polarisation et de fragmentation », c’est « même un acte de courage », appelant les modérés à participer à l’espace public.

Seguro a été interrogé aussi par le député du Chega, Bernardo Pessanha, sur des prétendus appels à la dissolution du parti par le ministère public, mais le Président a répondu qu’il n’a connaissance d’aucune initiative de ce type et a souligné que c’est aux tribunaux de trancher sur la question.

« En ce qui concerne le parti Chega, je tiens à dire que, comme Président de la République, chaque fois que le chef du parti Chega, comme c’est le cas pour les dirigeants des autres partis représentés au Parlement, me demande une audience, je le reçois, je l’écoute et je l’entends », a-t-il ajouté.