La lecture estivale n’a pas nécessairement à être légère. Elle peut aussi être sombre, drôle, intelligente, mélancolique ou sauvage. L’essentiel, c’est qu’elle accroche et vous transporte, pour quelques heures, vers un autre endroit. Les livres de cette liste y parviennent exactement: ils racontent des départs et des chutes, l’amitié et la famille, les corps, l’art et l’origine, l’amour, la honte, la mer et la chaleur. Certains se lisent parfaitement au bord de la plage, d’autres préfèrent le balcon à l’ombre, et d’autres encore dans la baignade, entre l’odeur des frites et l’eau chlorée.
Si l’on peut tirer de ces onze livres une leçon pour l’été, alors peut-être celle-ci: l’été n’est pas seulement la saison de la légèreté, mais aussi celle des déplacements. On voyage, on reste immobile, on regarde en arrière, on tombe amoureux, on doute, on sue, on lit autrement. Ces onze livres prennent ce sentiment de vie au sérieux. Ils ne donnent pas simplement de quoi occuper le temps, mais quelque chose dans lequel on peut se perdre pendant quelques jours.
„Tage wie Salzwasser“ von Sita Maria Frey
Tout commence par une collision et se termine en Sicile: Atlanta, mathématicienne et enceinte, n’est plus en équilibre après la décision de son partenaire lorsqu’elle croise Enza, qui se dirige aussi vers le sud. De cette rencontre fortuite naît un road trip qui va de Francfort à Marseille puis jusqu’à Noto — et qui, lentement, s’apaise pour renaître à partir de la douleur. Sita Maria Frey raconte cela avec une intensité discrète, douce, lucide et sans réconfort artificiel. Un roman qui a le goût du soleil, de la pluie, du carburant et d’un nouveau départ.
Convient pour: tous ceux qui veulent, en lisant, s’évader vers le Sud – idéal pour des journées de vacances avec vue sur la mer ou pour le mal du pays.
„Tage wie Salzwasser“, Sita Maria Frey, Droemer HC, 320 Seiten, 22 Euro
„Weißer Sommer“ von Eva Pramschüfer
Alma et Théo s’aiment, et pourtant leur relation se tient sur un terrain déjà fragile. Pour savoir s’ils ont encore un avenir ensemble, ils passent un dernier été dans la maison des parents d’Alma en France. Pas besoin d’en savoir davantage sur l’intrigue, car le charme de ce roman réside dans son ambiance: la chaleur, l’hésitation, les souvenirs, le sentiment que l’amour peut être le plus fort juste lorsqu’il semble disparaître. Un roman estival au sens classique — mais sans kitsch, avec une précision linguistique.
„Weißer Sommer“, Eva Pramschüfer, Rowohlt, 272 Seiten, 24 Euro
„Sonnenhang“ von Kathrin Weßling
Katharina approche la quarantaine, ses amies ont des enfants, sur Instagram la vie des autres semble déjà réussie — et elle s’abrutit elle-même avec le travail et la télé-réalité. Lorsqu’elle découvre qu’elle ne peut plus avoir d’enfants, son quotidien bascule définitivement. C’est précisément dans la résidence pour seniors « Sonnenhang », où elle prend un mandat bénévole, qu’un nouvel espace s’ouvre: pour des rencontres, de l’humour, du réconfort et la question de ce que peut constituer une vie épanouie. Kathrin Weßling écrit avec une grande sincérité sur les points de rupture douloureux d’un âge où, théoriquement, tout reste possible mais où pratiquement beaucoup a déjà été décidé.
Convient pour: des après-midi sur le balcon entre mélancolie et espoir.
„Sonnenhang“ von Kathrin Weßling, Rowohlt, 224 Seiten, 23 Euro
„Vielleicht im Sommer“ von Lukas Mi-Sa Nguyễn Egger
Été 2007: le jeune Kian, quinze ans, atterit dans un foyer après un drame et sait immédiatement qu’il ne peut pas y rester. Lors d’une tentative d’évasion, il rencontre Marco, qui a aussi ses raisons de partir. Ensemble, ils se mettent en route vers la mer du Nord — sept jours qui sentent la liberté, l’aventure et pour la première fois l’appartenance. Lukas Mi-Sa Nguyễn Egger raconte cela avec simplicité et émotion, avec un sens de la réalité sociale, mais sans sentimentalité. Un roman initiatique qui rappelle les grandes histoires d’été et qui possède pourtant sa propre voix.
Convient pour: les piscines municipales, les trajets en train, les vacances au nord de la mer — et pour tous ceux qui aiment les livres sur l’amitié davantage que les histoires d’amour.
„Vielleicht im Sommer“, Lukas Mi-Sa Nguyễn Egger, Piper, 272 Seiten
„Hairy – Warum Körperbehaarung politisch ist“ von Franziska Setare Koohestani
Aucune saison ne rend le corps aussi visible que l’été — et peu montre aussi clairement les normes qui le régissent. Franziska Setare Koohestani prend le thème apparemment banal des poils corporels comme point de départ pour une analyse intelligente, très personnelle et étonnamment divertissante des idéaux de beauté, de la honte, du racisme, du capitalisme et de l’autodétermination. Cet ouvrage n’est pas une théorie sèche, mais une approche féministe de quelque chose que beaucoup considèrent comme privé. Et c’est précisément pour cela qu’il se lit si bien: il prend le quotidien au sérieux et rend la politique visible à travers lui.
Convient pour: à la plage et dans le sac de plage — pour tous ceux qui, entre crème solaire et pression du rasage, aiment déconstruire quelques normes.
„Hairy – Warum Körperbehaarung politisch ist“, Franziska Setare Koohestani, Ullstein Taschenbuch, 12,99 Euro
„Pause“ von Lena Kupke
Hanna revient à 36 ans chez ses parents – dans sa vieille chambre d’enfant, qui n’est plus vraiment une chambre mais un bureau à moitié prêt avec un lit d’appoint. Après une expérience bouleversante, Berlin, le quotidien et la vie commune avec son compagnon ne semblent plus envisageables. Ce qui suit n’est pas un récit de crise flamboyant, mais un livre chaleureux et très honnête sur le surmenage, l’impuissance familiale et le lent retour à sa propre vie. Lena Kupke mêle vulnérabilité et humour d’une manière qui paraît légère sans être superficielle.
Convient pour: tous ceux qui veulent laisser passer l’été plutôt que de tout démarrer.
„Pause“, Lena Kupke, dtv, 320 Seiten, 23 Euro
„Kaskaden“ von Louise K. Böhm
Jojo s’est éloignée de son origine, du moins en apparence. Mais le sentiment de ne pas appartenir demeure profondément, même à l’université. Lorsqu’elle reçoit de la part de son ancienne meilleure amie Yara un signe de vie, tout refait surface: la banlieue, l’étroitesse, la honte – et cette amitié qui allait plus loin que bien d’autres choses dans la vie. Louise K. Böhm raconte avec intelligence et légèreté l’origine et l’appartenance, au point que l’on se retrouve presque sans s’en rendre compte dans un roman sur le classisme, le désir et l’insécurité sociale. Surtout, „Kaskaden“ est un livre sur l’amitié féminine comme mode de vie.
Convient pour: des jours d’été calmes, où l’on revisite d’anciennes versions de soi-même.
„Kaskaden“, Louise K. Böhm, Penguin, 288 Seiten, 24 Euro
„Gelbe Monster“ von Clara Leinemann
Charlie porte un œil au beurre noir dans le métro et se dirige vers une formation anti-agression pour les femmes. Sa meilleure amie en a fait une condition pour qu’elle puisse continuer à vivre chez elle. Par des retours en arrière, se déploie peu à peu une histoire d’amour et de relation qui paraissait parfaite au départ avant d’exploser. Clara Leinemann signe quelque chose de rare: elle écrit sur la violence faite aux femmes, la dépendance émotionnelle et la honte avec tant de rythme, d’espièglerie et d’ambivalence qu’on ne peut presque pas lâcher le livre. Un roman qui ne se contente pas de renverser les rôles habituels des auteurs et des victimes, mais les complique — et c’est exactement ce qui convainc.
Convient pour: les jours chauds où l’on préfère lire quelque chose qui racle plutôt que de se contenter de se rafraîchir.
„Gelbe Monster“, Clara Leinemann, Suhrkamp, 192 Seiten
„All die Farben, all das Licht“ von Cora Wucherer
Juna a dix-sept ans, souhaite devenir peintre et perd peu à peu la vue. Martha, sa sœur cadette, lutte pour être vue dans l’ombre de cette sœur hors du commun. Lorsque le diagnostic de Juna se dégrade, les deux femmes entament un voyage secret qui est à la fois fuite, aventure et rapprochement. Cora Wucherer raconte avec beaucoup de sensibilité, sans céder à l’emportement émotionnel, la rivalité fraternelle, l’art, la maladie et l’insatiable appétit de vie. Un roman généreux et émouvant qui conserve pourtant une étonnante légèreté.
Convient pour: tous ceux qui aiment, l’été, lire avec le cœur qui bat et en ressortir un peu plus pleins d’espoir.
„All die Farben, all das Licht“, Cora Wucherer, Klett-Cotta, 25 Euro
„Die Riesinnen“ von Hannah Häffner
Dans le village des forêts noires de Wittenmoos, trois femmes de trois générations vivent avec ce sentiment de ne pas vraiment appartenir au monde qui les entoure. Liese, Cora, Eva — grandes, minces, visibles, rebelles — cherchent, chacune à leur manière, la liberté sans renier leurs racines. Hannah Häffner écrit sur ce sujet dans une langue sombre et riche, mais aussi tendre, avec un humour fin et une sensibilité marquée pour les paysages, les corps et les dynamiques du village. C’est de la littérature du terroir, si l’on veut, mais une qui ne apaise pas; elle pousse à bouger.
Convient pour: des soirées d’été à la campagne, dans le jardin ou sur le balcon — pour tous ceux qui préfèrent la forêt à la piscine hôtelière.
„Die Riesinnen“, Hannah Häffner, Penguin, 416 Seiten
„Mammut“ von Eva Baltasar
La narratrice mène des entretiens dans une maison de retraite le jour, et a des relations sexuelles non protégées avec des inconnus la nuit; elle est épuisée par un travail universitaire mal payé et par son désir d’enfant non réalisé — et finit par partir. Ce qui commence comme une rupture devient rapidement une vie rude et physique à la campagne: abattre du bois, nourrir des agneaux, berger, chien et renoncement. Eva Baltasar raconte cette transformation en une existence plus archaïque et sauvage, dans une langue sèche, brute et en même temps poétique. „Mammut“ n’est pas un roman réconfortant, mais un petit livre puissant qui résonne longtemps après.
Convient pour: tous ceux qui, même l’été, veulent être déroutés plutôt que rassurés (et qui n’ont pas envie d’un roman épais).
„Mammut“, Eva Baltasar, Schöffling & Co., 112 Seiten