Paris – Des jeunes font la queue devant le photomaton du 53 rue des Trois Frères. Quelques secondes plus tard, ils tiennent dans leurs mains d’étroites photographies en noir et blanc – de petites images qui ressemblent à un morceau d’histoire du cinéma. Aujourd’hui encore, les bandes photos sont étroitement liées au film « Le monde fabuleux d’Amélie » qui, il y a 25 ans, faisait de Montmartre à la fois un décor et un lieu de nostalgie. Qu’est-ce que le film a créé exactement – et qu’en reste-t-il ?
De quoi parle le monde d’Amélie ?
L’histoire du réalisateur français Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou dans le rôle principal féminin raconte l’histoire de la timide serveuse Amélie Poulain, qui décide à un moment donné d’aider les autres à être heureux.
Elle réconforte une gardienne veuve avec de fausses lettres, entraîne une vendeuse de cigarettes hypocondriaque dans une histoire d’amour inattendue et envoie le nain de jardin de son père faire un tour du monde. Sa vision du monde change : elle découvre ce qu’il y a de spécial dans les petites choses – dans une crème brûlée, une photo prise dans un photomaton.
Le film est actuellement disponible en streaming sur Amazon Prime Video et Rakuten TV moyennant des frais.
Combien Amélie est-elle encore à Montmartre aujourd’hui ?
Montmartre a étonnamment peu changé. La basilique blanche du Sacré-Cœur domine majestueusement le quartier. Les escaliers raides sont restés les mêmes, tout comme les rues étroites, et de nombreuses façades portent encore aujourd’hui visiblement leur histoire cinématographique, comme l’épicerie du 56 rue des Trois Frères « Au Marché de la Butte », qui apparaît dans le film sous le nom d' »Épicerie Collignon ».
L’affiche du film est toujours accrochée à l’Épicerie. L’affichage apparaît inchangé. L’héroïne du film de Jeunet faisait ses courses ici – et se vengeait à sa manière du marchand de légumes au cœur dur qui traitait mal ses employés : avec du dentifrice échangé, du sel dans son alcool et des petites farces qui le faisaient peu à peu douter de sa santé mentale.
Quels lieux nous rappellent encore le film aujourd’hui ?
Quelques rues plus loin, le « Café des Deux Moulins » disparaît derrière une bâche. Ici, Amélie travaille comme serveuse, observe ses invités et trouve son propre monde dans les petites routines du quotidien. Sur les vitrines figure encore une référence au « Déjeuner d’Amélie Poulain », comme si le film faisait encore partie du quotidien.
La crème brûlée en fait encore partie aujourd’hui. Il est toujours au menu, notamment à cause de cette célèbre scène dans laquelle Amélie brise la croûte caramélisée avec le bout d’une petite cuillère.
Le Studio 28 fait également partie du Montmartre cinématographique. Le cinéma, ouvert en 1928, est considéré comme l’un des premiers cinémas d’avant-garde de Paris et reste aujourd’hui encore synonyme du cinéma d’art et d’essai français. Dans le film, Amélie préfère regarder les visages du public plutôt que l’écran, un moment qui en dit long sur sa vision du monde.
Pourquoi les bandes photos sont-elles encore un symbole aujourd’hui ?
Et enfin, le photomaton au 53 rue des Trois Frères. A travers le film de Jeunet, elle est devenue un symbole. Dans une scène, Amélie s’est elle-même photographiée déguisée afin de laisser un message via une photo déchirée.
Aujourd’hui, les gens font la queue ici – justement pour ces rayures noires et blanches qui font depuis longtemps partie de la mémoire collective. Les quelques photomatons analogiques qui existent encore sont désormais considérés comme des objets vintage, dont le look si particulier fait le tour d’Instagram et de Tiktok.
Qu’est-il arrivé au monde d’Amélie ?
Les cartes postales qu’elle envoyait à son père en voyage ressemblent désormais presque à des reliques. Ce qui était autrefois écrit et envoyé en déplacement disparaît désormais dans de courts messages numériques – dans des lignes WhatsApp et des images Instagram qui sont là immédiatement et disparaissent tout aussi rapidement.
Les photomatons se présentent comme des objets rétro et discrets dans les gares et les rues secondaires. Et les nains de jardin semblent aujourd’hui être un rappel poétique d’une époque plus ludique.
La promenade elle-même a également changé. Là où Amélie observe, attend et découvre par hasard, on peut désormais y naviguer – avec les smartphones, Google Maps et les réseaux sociaux.
Pourquoi ce monde a-t-il connu un tel succès ?
Même à cette époque, le monde d’Amélie semblait être une alternative. En 2001, la vie est devenue plus rapide, plus numérique et plus efficace. « Le Monde Fabuleux d’Amélie » a fait quelque chose contre ça : la lenteur, l’attention et l’idée que les petites choses ont du poids : une boîte de conserve restituée pleine de souvenirs d’enfance, une lettre cachée, une trouvaille dans le photomaton qui change une vie.
Quiconque visite aujourd’hui les lieux d’Amélie ne recherche peut-être pas seulement un lieu de tournage, mais une autre idée de la ville : le quartier au lieu de l’anonymat, la coïncidence au lieu du son constant, la magie du quotidien au lieu de l’efficacité.