Nicosie – Paris et Berlin vont-ils s’unir pour sauver le projet d’armement du FCAS, d’un milliard de dollars, ou ce projet de prestige est-il sur le point de s’effondrer ? Alors qu’il semblait récemment que le projet d’avion de combat allait échouer, une nouvelle tentative doit maintenant être entreprise. Les ministères allemand et français de la Défense devraient se mettre d’accord sur les prochaines étapes dans les semaines à venir. Mais qu’est-ce que cela signifie pour l’axe franco-allemand et la défense européenne ?
Merz et Macron délégués au ministère de la Défense
FCAS signifie « Future Combat Air System » et, s’il était mis en œuvre, il s’agirait du projet d’armement européen le plus vaste et le plus coûteux. Le système de combat aérien est destiné à voler en collaboration avec des drones non armés et armés et constitue donc plus qu’un simple avion de combat. Il est prévu qu’il remplace l’Eurofighter utilisé par la Bundeswehr ainsi que le Rafale français à partir de 2040.
Une décision sur le projet a été reportée à plusieurs reprises ces derniers mois. Le chancelier Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont délégué la question aux ministres de la Défense lors d’une réunion en marge du sommet européen à Chypre. Une porte-parole du gouvernement allemand a déclaré qu’ils étaient chargés de « continuer à travailler sur différents volets de coopération et de convenir des prochaines étapes ». « Ces travaux seront terminés dans les prochaines semaines. » Le jeu suspendu continue pour le moment.
Merz avait proposé de construire plusieurs avions à réaction
Le contexte de ces échanges est que les sociétés impliquées, Dassault (France), Airbus Allemagne et Indra (Espagne), ne sont pas encore parvenues à un accord sur la construction d’un avion de combat commun. Les discussions entre les deux médiateurs n’ont récemment pas abouti à un résultat à l’amiable. On parlait encore depuis la France d’un nouveau délai pour les médiations fin avril. Les points de friction du point de vue français : la propriété intellectuelle, la répartition des tâches et le certificat d’aptitude à voler.
On ne sait pas exactement sur quoi les ministères de la Défense devraient travailler actuellement. Merz a récemment proposé de construire non pas un avion, mais plusieurs. Il a également souligné que l’Allemagne et la France ont des exigences différentes concernant l’avion de combat. Mais Macron a ensuite insisté sur une norme européenne commune. A Nicosie, Macron ne se lasse pas de souligner : « L’Europe n’a jamais autant eu besoin d’unité, de plus d’indépendance et de plus de souveraineté ». Le projet a-t-il échoué ? « Non, pas du tout. »
Madrid, en tant que troisième partenaire du projet, a également exercé une certaine pression sur Nicosie. Le Premier ministre Pedro Sánchez a prévenu que son pays souhaitait que le projet aboutisse enfin. Il y a probablement des difficultés à démarrer cette coopération, mais « l’Espagne n’est certainement pas le problème ».
Un échec serait un coup dur pour Merz et Macron
Un échec du FCAS serait une défaite pour Berlin comme pour Paris. Une réduction brutale du projet de combat aérien franco-allemand pourrait nuire à Macron, déjà affaibli sur le plan intérieur, et la fin du projet serait également mauvaise pour Merz. Il s’était en effet engagé à améliorer les relations avec Paris et à agir ensemble. Et l’Allemagne court également le risque d’un déséquilibre dans ses propres intérêts.
C’est ce que pousse le constructeur allemand Airbus. « Nous voulons enfin développer et construire à nouveau un bon avion de combat », a exigé il y a quelques mois le président du comité d’entreprise d’Airbus, Thomas Pretzl. Cela fonctionnera mieux sans Dassault et sans nuire aux relations franco-allemandes.
La désunion est défavorable à une époque de dangers stratégiques croissants
Mais le tout a une composante encore plus importante. Du point de vue du président du comité d’études germano-français de l’Institut Ifri, Paul Maurice, un échec serait amer pour la défense européenne, comme il l’a déclaré à la dpa. « Cela voudrait dire que nous ne pouvons pas le faire ; que même dans la pire situation, où les Américains nous abandonnent complètement, les Russes sont très agressifs et les Chinois sont en embuscade, nous n’en sommes pas capables et sommes vraiment en danger. »
L’Allemagne pourrait éventuellement rechercher d’autres partenaires, notamment la Suède et l’entreprise d’armement Saab. Le nouveau pays de l’OTAN est expérimenté dans la construction d’avions militaires. Un partenaire naturel aurait également été la Grande-Bretagne. Les relations militaires avec l’allié de l’OTAN se sont brillamment développées récemment et après le Brexit. Cependant, la Grande-Bretagne a déjà été récompensée et fait partie, avec le Japon et l’Italie, du projet Global Combat Air Program (GCAP).
Afin d’éviter un véritable échec, Berlin et Paris pourraient également tenter de renverser le projet afin que tout le monde s’en sorte le plus indemne possible – malgré les divergences qui semblaient jusqu’ici insurmontables entre les partenaires industriels. Reste à savoir si le conflit sera complètement résolu, si le projet sera reconverti ou si l’on cherchera une solution pour sauver la face de l’impasse.